En bref : la Côte-d’Or aligne des plats mijotés nés dans les fermes (bœuf bourguignon, coq au vin, jambon persillé), des fromages à croûte lavée au marc de Bourgogne, une hiérarchie de vins classée à l’UNESCO depuis 2015, et des douceurs (pain d’épices, cassissine, anis de Flavigny) parfois nées au Moyen Âge.
Manger en Côte-d’Or, c’est traverser huit siècles de cuisine paysanne et de commerce princier sans quitter son assiette. Le duché a laissé des recettes de fête (jambon persillé de Pâques, escargots inventés pour un tsar), le vignoble a nourri des fromages lavés au marc plutôt qu’à l’eau claire, et Dijon a fait naître la moutarde, le pain d’épices et le cassis à quelques rues d’écart. Ce guide fait le tour des grandes familles du terroir, sans recommander une adresse : il donne les repères pour comprendre ce qu’on mange.
Les plats mijotés qui définissent la table bourguignonne
Bœuf bourguignon et coq au vin
Le bœuf bourguignon apparaît sous ce nom dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse en 1867, avant d’être codifié par Auguste Escoffier en 1903. La tradition régionale le fait remonter au duché lui-même, rapporté des Flandres et adapté au vin local plutôt qu’à la bière. Le plat associe bœuf, lardons, oignons grelots, champignons et carottes, mijotés des heures dans un vin rouge à base de pinot noir, cépage imposé en Bourgogne par le duc Philippe le Hardi dès 1395. Le coq au vin suit le même principe, appliqué à une volaille.
Œufs en meurette, la même sauce sur des œufs pochés
La meurette, sauce au vin rouge réduite avec lardons et oignons, sert de base au bœuf bourguignon comme au coq au vin. Appliquée à des œufs pochés, elle donne les œufs en meurette : une même préparation, plusieurs usages.
Poulet Gaston Gérard, né d’un accident de cuisine à Dijon
Ce plat naît en août 1930 à Dijon, quand Reine Geneviève Bourgogne, épouse du député-maire Gaston Gérard, renverse un pot de paprika dans sa cocotte de poulet. Pour rattraper l’incident, elle ajoute vin blanc, crème fraîche et comté râpé, puis fait gratiner l’ensemble. Servi à leur invité du soir, le critique Curnonsky, le plat plaît et prend le nom de son hôte.
Jambon persillé, la spécialité de Pâques depuis le XIVe siècle
Le jambon persillé se prépare en Côte-d’Or pour Pâques depuis le XIVe siècle : les cochons n’étaient abattus qu’après le 11 novembre, et le jambon, conservé au sel tout l’hiver, ressortait au printemps. La recette associe porc cuit dans un bouillon au vin blanc, à la moutarde et au vinaigre, puis pris dans une gelée persillée. Sa production a basculé vers un mode industriel en fin de XXe siècle, d’environ 150 tonnes en 1988 à près de 2 000 tonnes en 2016.
Escargots de Bourgogne, une recette née pour un tsar
La préparation actuelle, farcie au beurre, à l’ail et au persil, aurait été mise au point dès 1796 par un aubergiste de l’Yonne, mais c’est un dîner diplomatique qui l’a rendue célèbre : en 1814, Talleyrand charge son chef Marie-Antoine Carême de recevoir le tsar Alexandre Ier, et les escargots servis ce soir-là sont baptisés « à la bourguignonne ». L’espèce concernée, Helix pomatia, compte parmi les plus grands escargots d’Europe, coquille jusqu’à 5 cm.
Les fromages à croûte lavée, une famille née du marc de Bourgogne
Trois fromages bourguignons partagent une même technique : la croûte brossée régulièrement à l’eau salée additionnée d’eau-de-vie locale, ce qui développe couleur orangée et affinage puissant.
L’Époisses AOP, lavé au marc de Bourgogne
L’Époisses a obtenu son appellation d’origine en 1991. Pâte molle, croûte lavée au marc de Bourgogne, lait de vache entier : le lavage régulier lui donne sa couleur orangée sans colorant, et l’une des odeurs les plus puissantes de la gastronomie française.
Soumaintrain et l’Ami du Chambertin
Le Soumaintrain, autre pâte molle à croûte lavée, présente une teinte plus claire, jaune paille à ocre. L’Ami du Chambertin, créé en Côte-d’Or en 1950, suit la même méthode : croûte fine et plissée, lavée au marc de Bourgogne, affinage d’au moins quatre semaines. Les trois fromages partagent un seul geste technique, appliqué à des laits et des durées différentes.
Moutarde, truffe et miel : les autres piliers du terroir salé
Moutarde de Bourgogne, une IGP obtenue en 2009
« Moutarde de Dijon » ne protège pas une origine géographique mais un procédé de fabrication défini par décret, reproductible n’importe où. Seule la « Moutarde de Bourgogne » certifie une origine : son IGP, homologuée en 2008 pour application en 2009, impose des graines produites en Bourgogne et un vin blanc régional dans la recette, sur les quatre départements de Côte-d’Or, Nièvre, Saône-et-Loire et Yonne.
La truffe de Bourgogne, une espèce d’automne
La truffe caractéristique de la région n’est pas la truffe noire du Périgord mais Tuber uncinatum, récoltée de mi-septembre à mi-janvier dans les sols calcaires de la Côte-d’Or, en symbiose avec un chêne ou un noisetier. La Côte-d’Or en a récolté 10 tonnes en 2021.
Le miel du Morvan, entre châtaignier et acacia
À l’ouest du département, le Morvan produit un miel dont la palette suit les floraisons locales, acacia, tilleul, châtaignier, sapin. Les apiculteurs du territoire, regroupés autour du Parc naturel régional, soumettent leur production à des analyses régulières sous la marque « Valeurs Parc ».
Les confiseries qui ont traversé les siècles
Pain d’épices et nonnettes, une importation ducale
Le pain d’épices arrive en Bourgogne au XIVe siècle, introduit selon la tradition par Marguerite de Flandre, épouse du duc Philippe le Hardi. Contrairement à la version alsacienne, à base de seigle, celle de Dijon utilise de la farine de froment : une pâte mère mature quinze jours avant d’être travaillée. Le déclin des fabriques a été net, de quatorze en 1940 à une poignée aujourd’hui.
Les nonnettes, fourrées à la marmelade d’orange
Les nonnettes, petits pains d’épices ronds fourrés à la marmelade d’orange, doivent leur nom aux nonnes des monastères dijonnais qui les confectionnaient au Moyen Âge.
Anis de Flavigny, une dragéification de quinze jours
Les anis de Flavigny naissent dans l’enceinte de l’abbaye bénédictine du village, fondée en 719. Après la saisie des biens de l’Église à la Révolution, la fabrication se poursuit dans le village selon la recette originelle : une graine d’anis vert de deux milligrammes, enrobée de fines couches de sirop de sucre, un procédé de dragéification qui demande quinze jours pour aboutir à un bonbon d’environ un gramme.
Cassissine, le bonbon fourré au cassis dijonnais
Créée en 1901 sous un autre nom, la friandise est rebaptisée « cassissine » dans les années 1920 : une pâte de fruits violette au cœur coulant de liqueur de cassis, déclinaison sucrée du cassis qui fait la réputation de Dijon depuis le XIXe siècle.
Comprendre la hiérarchie des vins de Bourgogne
Quatre niveaux, du régional au grand cru
Le vignoble bourguignon classe ses vins en quatre niveaux, du plus large au plus précis : régionale, village, premier cru, grand cru. La Bourgogne compte 84 appellations : 33 grands crus, 44 villages et 7 régionales. Plus l’appellation se resserre, plus la production diminue : les régionales dominent les volumes, les villages un tiers, les premiers crus une dixième, les grands crus à peine 1,5 à 2 %.
Le « climat », une notion propre à la Bourgogne
L’unité de base de ce classement s’appelle le climat : une parcelle de vigne délimitée par son sol et son exposition, indépendamment du cépage. La Bourgogne en compte environ 1 247, dont 662 classés en premier cru, statut créé en 1943.
Les Climats du vignoble, classés à l’UNESCO depuis 2015
Le 4 juillet 2015, l’UNESCO inscrit « les Climats du vignoble de Bourgogne » au patrimoine mondial, catégorie paysages culturels. Le bien classé s’étend sur environ 60 kilomètres, de Dijon à Saint-Sernin-du-Plain, sur 104 communes, et inclut le centre historique de Dijon, où le système des climats a été réglementé depuis le Moyen Âge, structuré dès le XIe siècle par les moines de Cîteaux.
Bulles, liqueurs et eaux-de-vie bourguignonnes
Crémant de Bourgogne, l’effervescent en méthode traditionnelle
Le Crémant de Bourgogne obtient son AOC par décret du 17 octobre 1975. Méthode traditionnelle obligatoire, seconde fermentation en bouteille, puis un élevage d’au moins 9 mois sur lies avant commercialisation. En 2023, l’appellation couvrait 3 204 hectares pour environ 252 000 hectolitres.
Crème de cassis et kir, une histoire dijonnaise
La première crème de cassis moderne naît à Dijon en 1841, mise au point par Auguste-Denis Lagoute, cafetier du Café des Milles Colonnes, puis perfectionnée à la fin du XIXe siècle par le distillateur Claude Jolly, associé au cafetier. Le mélange blanc-cassis était déjà servi lors des réceptions de la mairie de Dijon, bien avant de porter son nom. Mais c’est Félix Kir, chanoine et maire de Dijon de 1945 à 1968, qui donne son nom à l’apéritif : en 1952, il concède l’usage exclusif du nom à la maison Lejay-Lagoute, et le mot « kir » est attesté en français dès 1967. Le cassis dijonnais dispose de deux indications géographiques, « Cassis de Dijon », réservée à la seule commune de Dijon, et « Crème de cassis de Bourgogne », IGP plus large obtenue en 2015.
Marc et fine de Bourgogne
Le Marc de Bourgogne est réglementé depuis un décret du 23 février 1942. Il résulte de la distillation du marc, peaux, pépins et rafles du raisin, en alambics de cuivre, puis d’un vieillissement d’au moins deux ans en fûts de chêne. La Fine de Bourgogne part des lies fines du soutirage du vin, distillée puis vieillie sous bois au moins trois ans, sur la même zone que les vins d’appellation.
Comment goûter la Côte-d’Or sans se tromper
La hiérarchie des vins se lit sur l’étiquette : une appellation village, moins chère qu’un premier ou un grand cru, reste un bon point d’entrée avant d’investir dans une bouteille plus rare. Les fromages à croûte lavée gagnent à sortir du réfrigérateur une heure avant service, avec un pain de campagne plutôt qu’un pain blanc. Les plats mijotés se dégustent avec le même vin rouge que celui de la cuisson. Les confiseries se conservent des semaines dans une boîte hermétique.
Questions fréquentes
Quelle différence entre moutarde de Dijon et moutarde de Bourgogne ?
Quels sont les fromages à croûte lavée de Bourgogne ?
Qu'est-ce qu'un climat en Bourgogne ?
Quelle est la différence entre marc de Bourgogne et fine de Bourgogne ?
D'où vient le nom du kir ?
- Vins de Bourgogne (BIVB) - Classification des appellations
- Préfecture de la Côte-d'Or - Les Climats du vignoble de Bourgogne inscrits au patrimoine mondial
- INAO - Fiche produit Époisses
- Wikipédia - Crémant de Bourgogne
- Wikipédia - Jambon persillé
- Moillard - L'histoire du kir bourguignon
- Wikipédia - Escargots de Bourgogne (recette)
- Bourgogne Tourisme - Tout savoir sur le pain d'épices dijonnais
- Wikipédia - Poulet Gaston Gérard
- Wikipédia - Bœuf bourguignon
- Wikipédia - L'Ami du Chambertin
- Wikipédia - Marc de Bourgogne
- Wikipédia - Moutarde de Bourgogne
- Bourgogne Tourisme - Le cassis, la crème des fruits rouges
- Parc naturel régional du Morvan - Les miels du Morvan
- Association Truffe Côte d'Orienne - Truffe de Bourgogne












