En bref : fondés en 1443 par le chancelier Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins, les Hospices de Beaune sont un ensemble monumental comprenant l’Hôtel-Dieu gothique flamboyant aux toits de tuiles vernissées, le polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden et un domaine viticole de 60 hectares dont la vente aux enchères caritative chaque novembre est la plus célèbre du monde.
Les Hospices de Beaune concentrent en un seul lieu ce qui fait la réputation de la Bourgogne : un patrimoine médiéval rare, un chef-d’œuvre de la peinture flamande du XVe siècle et une tradition viticole séculaire. L’Hôtel-Dieu a fonctionné comme hôpital jusqu’en 1971 avant de devenir musée. Depuis, il attire environ 300 000 visiteurs par an, ce qui en fait le monument le plus visité de Côte-d’Or.
Cette page évite la présentation générale de Beaune (déjà traitée dans notre guide la ville) pour se concentrer sur ce qui fait des Hospices un cas unique en France : l’histoire de sa fondation, son architecture, son polyptyque et sa vente des vins.
Une fondation charitable au cœur du XVe siècle
Nicolas Rolin et Guigone de Salins, les fondateurs
En 1443, alors que la guerre de Cent Ans s’achève et que la peste ravage encore la Bourgogne, le chancelier Nicolas Rolin : homme de confiance du duc Philippe le Bon et l’un des plus puissants personnages du royaume : décide avec sa troisième épouse Guigone de Salins de fonder un hôpital pour les plus démunis. Leurs motifs mêlent foi chrétienne et devoir de charité : Rolin, dont la richesse et l’influence suscitent critiques, voit dans cet hôpital un moyen de “racheter son Salut”. Le couple y engage sa fortune personnelle et dote l’institution de revenus qui garantissent son autonomie complète, sans dépendre de l’Église ni du duc.
L’hôpital accueille son premier nécessiteux en 1452 et reste en activite hospitaliere continue jusqu’en 1971. Pendant plus de cinq siècles, des communautés de religieuses : les Dames de la Charité puis les Sœurs Hospitalières : y soignent les malades, les vieillards et les orphelins, dans la grande salle commune appelée salle des Povres.
Un “palais pour les pauvres” gothique flamboyant
Nicolas Rolin ne veut pas d’un bâtiment modeste. Il commande un édifice qui marque le territoire : un hôpital construit comme un palais, dans le style gothique flamboyant d’influence flamande, avec une charpente en forme de coque de navire renversée, des verrières colorées et un sol en carreaux de céramique. La salle des Povres, qui sert de dortoir commun, mesure 50 mètres de long sur 14 de large et conserve ses lits à baldaquin d’origine. À l’opposition du couvent hospitalier médiéval sombre et étroit, l’Hôtel-Dieu est conçu pour être lumineux, haut de plafond et digne : une manière de rendre leur humanité à ceux que la société rejette.
Cette volonté architecturale explique aussi les toitures. Le choix de couvrir un bâtiment de cette ampleur avec des tuiles vernissées coûte 3 à 4 fois plus cher que des tuiles ordinaires : c’est un signe de puissance et de mécenat, autant qu’un parti pris esthétique.
Les toits en tuiles vernissées, emblème de Beaune
La toiture de l’Hôtel-Dieu est l’image la plus reproduite de Beaune, et sans doute de toute la Bourgogne viticole. Les tuiles en céramique sont recouvertes d’une glaçure plombifère qui leur donne leur brillance et leurs couleurs : jaune, vert, rouge, brun et noir. Disposées en motifs géométriques : losanges, chevrons, bandes horizontales : elles forment un damier polychrome que les visiteurs comparent souvent à une peau de serpent.
La technique des tuiles vernissées est connue depuis l’époque romaine, mais son développement en Bourgogne date du XIVe siècle. À l’Hôtel-Dieu, l’ardoise couvre les parties les plus nobles (une innovation introduite par Philippe le Hardi), tandis que les tuiles vernissées décorent les toits secondaires, créant une hiérarchie visuelle lisible depuis la cour d’honneur. Même les toits les plus célèbres de la Bourgogne : à Dijon (Hôtel de Vogue, Palais des Ducs) : ne rivalisent pas avec l’impact visuel de ceux des Hospices de Beaune.
Le polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden
Un chef-d’œuvre commandé pour la chapelle
Commande en 1443 par Nicolas Rolin et Guigone de Salins pour la chapelle de l’Hôtel-Dieu, le polyptyque du Jugement dernier : aussi appele retable de Beaune : est considéré comme l’une des œuvres majeures de la peinture flamande du XVe siècle. Il est peint à l’huile sur neuf panneaux de chêne, dont six sont peints des deux côtés, pour un total de 15 peintures. Deploye, il mesure 5,48 m de large sur 2,20 m de haut.
Les panneaux extérieurs sont articulés par des charnières : fermés en semaine pour protéger l’œuvre de la lumière et des regards, ils ne s’ouvraient que le dimanche et les jours de fête, révélant la vision complète du Jugement dernier aux fidèles assemblés.
La composition et sa signification
Au centre du panneau principal, le Christ siège sur un arc-en-ciel, nimbe de lumière, les pieds posés sur un globe doré. Sa main droite bénit tandis que sa main gauche désigne les damnés. Au-dessous, l’archange saint Michel pèse les âmes avec une balance : le mal pèse plus lourd que le bien, entraînant les damnés en enfer. Au registre superieur, la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste intercèdent de chaque côté du Christ, entourés des apôtres et des saints. Au registre inferieur, les âmes émergent de la croûte terrestre : les élus se dirigent vers un palais doré (le Paradis, à droite du Christ) tandis que les damnés basculent dans un gouffre de flammes (l’Enfer, à gauche).
Une découverte récente faite par la Factum Foundation en 2023 via un scan 3D a révélé que van der Weyden avait modifié la position des plateaux de la balance en cours de création : à l’origine, les âmes des élus pesaient plus lourd (symbolisant leur poids spirituel), mais le peintre a inversé la composition pour que le mal l’emporte finalement : un choix théologique fort qui insiste sur la miséricorde divine plutôt que sur la certitude du salut.
État de conservation et restauration
L’œuvre a souffert des siècles : perte de peinture, assombrissement, accumulation de saleté. Une restauration majeure entre 1875 et 1878 a consisté à scier dans leur épaisseur les six panneaux peints des deux côtés pour les présenter séparément, et une couche épaisse de repeint a été appliquée. Aujourd’hui, le polyptyque est déplacé de son emplacement d’origine pour le protéger de la lumière et des quelque 300 000 visiteurs annuels.
La vente des vins des Hospices de Beaune
De la première donation à la vente mondiale
Les donations de vignes à l’Hôtel-Dieu commencent dès le XVe siècle, presque aussitôt après la fondation, et se sont perpétuées jusqu’à nos jours : elles ont constitué le Domaine des Hospices de Beaune, aujourd’hui fort de 60 hectares dont 85% sont classés en Premier ou Grand Cru. Le domaine produit une cinquantaine de cuvées chaque année, réparties entre la Côte de Beaune et la Côte de Nuits.
La vente aux enchères est créée en 1859 par la direction des Hospices pour maximiser les revenus tirés du domaine et financer l’hôpital. Elle se tient chaque troisième dimanche de novembre, en clôture des Trois Glorieuses de Bourgogne : le samedi, le Chapitre de la Confrerie des Chevaliers du Tastevin au Clos de Vougeot ; le dimanche, la vente des Hospices ; le lundi, la Paulée de Meursault.
Chiffres et évolution
La vente est devenue la plus importante vente caritative de vins au monde. Le chiffre d’affaires a connu une croissance spectaculaire, culminant à 28,91 M euros en 2022 (record absolu). Depuis 2005, les enchères sont confiées à un commissaire-priseur international et les pièces peuvent être achetées individuellement. Le système de la “vente à la chandelle” ne subsiste plus que pour la Pièce des Présidents, un lot caritatif vendu chaque année à un prix rare (360 000 euros en 2024).
Depuis 2009, les particuliers peuvent enchérir en ligne depuis une bouteille unique. Le domaine poursuit sa conversion à l’agriculture biologique.
Visiter l’Hôtel-Dieu aujourd’hui
La salle des Povres et le parcours de visite
Le parcours libre “Sur les pas des fondateurs” débute par la salle des Povres, le cœur historique de l’Hôtel-Dieu. Cette immense salle de 50 mètres sur 14 conserve sa charpente en carène de navire renversée, ses tentures d’époque et ses lits à baldaquin (les “quilles”) où couchaient les malades, parfois plusieurs par lit. La visite se poursuit par l’apothicairerie, riche de centaines de pots en faïence et de boiseries du XVIIIe siècle, la cuisine avec ses cheminées monumentales et la chapelle où est exposé le polyptyque de van der Weyden.
Une visite insolite permet d’accéder à des zones habituellement fermées au public : la galerie haute de la cour d’honneur, la Chambre du Roi, l’ancien cuvier et le bastion médiéval.
Horaires et tarifs 2026
| Période | Horaires |
|---|---|
| 1er avril au 15 novembre | 9h00 à 19h30 (en continu) |
| 16 novembre au 31 mars | 9h00 à 12h30 et 14h00 à 18h30 |
Fermeture : 1er janvier et 25 décembre (ouverture uniquement l’après-midi de 14h à 18h30). Dernière entrée : 1 heure avant la fermeture.
Tarifs 2026 : plein tarif 12,50 euros (audioguide inclus), tarif réduit 9,50 euros (étudiants de moins de 26 ans, familles nombreuses, demandeurs d’emploi), tarif jeune (6-17 ans) 6,25 euros, gratuit pour les moins de 6 ans. La visite insolite fait l’objet d’une tarification spécifique.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur moment pour visiter l'Hôtel-Dieu ?
Peut-on acheter du vin des Hospices de Beaune sur place ?
Combien de temps dure la visite de l'Hôtel-Dieu ?
L'Hôtel-Dieu est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ?
- Hospices de Beaune - Histoire officielle
- Hospices de Beaune - Vente aux enchères, histoire et objectifs
- Hospices de Beaune - Domaine viticole
- France.fr - Hospices de Beaune
- Decanter - What is the Hospices de Beaune?
- Factum Foundation - Beaune Altarpiece scan 3D
- Petit Futé - Visite des Hospices de Beaune
- Hôtel-Dieu de Beaune - Site officiel
- Côte-d'Or Tourisme - Beaune
