En bref : les Sources de la Seine jaillissent à 446 m d’altitude dans un vallon boisé du Châtillonnais. Le site associe un nymphée du Second Empire dessiné par Baltard, un sanctuaire gallo-romain dédié à la déesse Sequana et un parc paysager classé, le tout propriété de la Ville de Paris depuis 1864.
À première vue, rien ne distingue ce vallon humide au bout d’une route étroite : quelques arbres, une grille en fer forgé, un filet d’eau qui traverse la chaussée. Pourtant, c’est ici que naît la Seine, le fleuve de Paris. Le site des Sources de la Seine, sur la commune de Source-Seine, est l’un des lieux les plus singuliers de Bourgogne - un morceau de Paris posé dans un vallon du Châtillonnais, entre histoire gauloise et romantisme du XIXe siècle.
Un nymphée du Second Empire dessiné par Baltard
En 1864, sous l’impulsion du baron Haussmann, la Ville de Paris achète le vallon où prend naissance son fleuve. L’année suivante, un nymphée - une grotte artificielle - est construit pour mettre en scène la source principale. Le projet est confié à Victor Baltard, l’architecte des Halles de Paris, accompagné de Gabriel Davioud et de l’architecte-paysagiste Combaz.
La grotte, construite en meulière et en rocaille, abrite une statue de nymphe allongée sculptée par François Jouffroy, artiste né à Dijon. L’originale a été remplacée en 1934 par une copie de Paul Auban. La statue en bronze de Sequana - la déesse celte de la Seine - est conservée au Musée Archéologique de Dijon.
Le parc paysager qui entoure la source a été conçu pour offrir une promenade romantique, avec des allées sinueuses, un sous-bois aménagé et plusieurs petites sources annexes qui alimentent le ruisseau naissant. Le Pont Paul-Lamarche, qui enjambe la Seine naissante, porte le nom du gardien qui a veillé sur le site pendant des décennies.
Le sanctuaire gallo-romain de Sequana
Bien avant l’arrivée des architectes parisiens, le site était un lieu sacré. Dès l’époque gauloise, puis gallo-romaine (du Ier siècle av. J.-C. au IVe siècle apr. J.-C.), les Sources de la Seine abritaient un important sanctuaire dédié à Sequana, déesse guérisseuse des eaux, dont le nom a donné celui du fleuve.
Les premières fouilles archéologiques, menées de 1836 à 1843, ont révélé les vestiges d’un temple gallo-romain (fanum) entouré d’un portique en U. Les campagnes suivantes (1930-1939 par Henry Corot, 1948-1953 par Roland Martin et Gabriel Grémaud, 1963-1967 par Roland Martin et Simone Deyts) ont mis au jour plusieurs centaines d’ex-voto : des sculptures en bois (chêne), en pierre et en bronze représentant des parties du corps guéries - membres, yeux, seins, organes - ainsi que des pèlerins en prière et des animaux.
Les ex-voto en bois de chêne sont d’une rareté exceptionnelle en France : ils n’ont survécu que grâce aux conditions marécageuses du site. La statue en bronze de Sequana, qui représente la déesse debout dans une barque à proue en tête de canard, est considérée comme la pièce maîtresse du Musée Archéologique de Dijon.
Le sanctuaire est abandonné à la fin de l’Antiquité, après l’interdiction des cultes païens. Les ruines sont classées Monument Historique depuis 1945, et l’ensemble du site archéologique et paysager a été classé en 2020.
Un parc paysager classé au cœur du Châtillonnais
Aujourd’hui, le domaine des Sources de la Seine est un parc paysager de plusieurs hectares ouvert au public gratuitement. Le site est classé au titre des sites par décret du 22 août 2019.
Les visiteurs peuvent suivre le cours de la Seine naissante depuis la grotte jusqu’au Pont Paul-Lamarche, longer les petites cascades artificielles du XIXe siècle et emprunter les sentiers boisés qui serpentent dans le vallon. Les principales sources qui alimentent le fleuve sont visibles, dont la première émerge directement sous la statue de la nymphe.
Le site est particulièrement agréable au printemps (floraison des sous-bois, eaux abondantes) et en automne (couleurs du feuillage). En été, le débit de la source peut baisser sensiblement lors des périodes de sécheresse.
Les ruines du sanctuaire gallo-romain restent visibles dans le parc, discrètes mais accessibles. Des visites guidées sont parfois proposées, notamment à l’occasion des Journées du Patrimoine.
Comment visiter les Sources de la Seine
Le site se trouve à Source-Seine, à environ 15 km de Châtillon-sur-Seine et à une soixantaine de kilomètres de Dijon. L’accès est gratuit et aucune réservation n’est nécessaire pour la visite libre.
Prévoyez entre 45 minutes et 1h30 pour la visite complète : la grotte, le parc, le pont, les sentiers. Des tables de pique-nique sont disponibles dans le parc. Le site constitue une halte idéale sur la route entre Dijon et le Châtillonnais, ou en complément d’une visite à Châtillon-sur-Seine et au Musée du Pays Châtillonnais.
Pour ceux qui souhaitent approfondir l’histoire gallo-romaine du site, le Musée Archéologique de Dijon (entrée gratuite, dans l’ancienne abbaye Saint-Bénigne) expose l’ensemble des ex-voto de Sequana, dont la célèbre statue en bronze de la déesse. Une visite des Sources suivie d’une halte au musée dijonnais compose une journée complète sur les traces du fleuve.
Informations pratiques
Accès et horaires
Le site est en accès libre et non surveillé. Il n’y a ni boutique, ni billetterie, ni sanitaires sur place - prévoyez votre équipement en conséquence. Le terrain peut être humide, surtout près des sources : des chaussures adaptées sont recommandées. Les animaux tenus en laisse sont acceptés.
La Seine parcourt 777 km de ce vallon du Châtillonnais jusqu’à la Manche, traversant Troyes, Paris et Rouen. Mais c’est bien ici, dans ce vallon boisé du nord de la Côte-d’Or, qu’il commence son voyage.
Questions fréquentes
Le site des Sources de la Seine est-il payant ?
Combien de temps faut-il pour visiter les Sources de la Seine ?
Peut-on voir les ex-voto de Sequana sur place ?
- Bourgogne Tourisme - Sources Seine
- Côte-d'Or Tourisme - Sources Seine
- Wikipedia - Sources de la Seine
- The Local France - Les gardiens des sources
- Le Monde - A dive into the sources of the Seine
- Un jour de plus à Paris - Source de la Seine
- Conde Nast Traveler - Why There's a Part of Paris in Burgundy
- National Geographic - Sequana, goddess of the Seine
- Wikipedia - Sequana
