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Poulet Gaston Gérard : l'histoire du plat né d'un accident à Dijon
Manger-boire

Poulet Gaston Gérard : l'histoire du plat né d'un accident à Dijon

Né d'un pot de paprika renversé à Dijon en 1930, le poulet Gaston Gérard mêle moutarde, comté et crème. Histoire vérifiée et recette du plat bourguignon.

4 min de lecture

En bref : le poulet Gaston Gérard naît en août 1930 à Dijon, d’un pot de paprika renversé par Reine-Geneviève Bourgogne dans la cocotte destinée à son invité, le critique Curnonsky. Rattrapée au vin blanc, à la crème et au comté râpé, l’improvisation devient un classique de la table bourguignonne, sans jamais avoir été vendue sous ce nom par son inventrice.

Le poulet Gaston Gérard est né dans un appartement dijonnais, un soir d’août 1930, loin de toute cuisine professionnelle. Ce que la légende familiale raconte comme une maladresse a donné l’un des plats les plus reconnaissables de la Côte-d’Or : une sauce orangée où se mêlent moutarde, comté fondu et paprika, sur un poulet mijoté en cocotte.

Un accident de cuisine devenu recette

Un dîner pour Curnonsky, rue du Petit-Potet

L’histoire se déroule au domicile du couple Gérard, rue du Petit-Potet, dans le centre de Dijon. Reine-Geneviève Bourgogne, épouse de Gaston Gérard depuis leur mariage du 6 août 1907, prépare un poulet pour recevoir un invité de marque : le critique gastronomique Curnonsky. Selon la version la plus reprise de l’anecdote, elle renverse par mégarde un pot de paprika dans la cocotte en cours de cuisson.

La sauce de rattrapage

Plutôt que de recommencer le plat, elle corrige l’incident en ajoutant du vin blanc de Bourgogne, de la crème fraîche et du comté râpé, puis fait gratiner l’ensemble. Certaines versions de l’histoire évoquent une chute de moutarde plutôt que de paprika déclenchant l’improvisation ; les deux ingrédients finissent de toute façon dans la sauce définitive. Le résultat, servi le soir même, séduit son invité au point qu’il lui donne son nom.

Curnonsky, le parrain du plat

Le baptême du plat revient à un connaisseur : Maurice Edmond Sailland, dit Curnonsky, avait été élu « prince des gastronomes » le 16 mai 1927, par un vote de 3 338 professionnels et amateurs de cuisine. Fondateur de l’Académie des gastronomes en 1929, il documentait depuis les années 1920 les cuisines régionales françaises dans La France gastronomique. Son aval donnait au plat une reconnaissance immédiate dans le milieu culinaire de l’époque.

Qui était Gaston Gérard, l’hôte qui a donné son nom au plat

Gaston Gérard (1878-1969) était homme politique, pas cuisinier : maire de Dijon du 11 décembre 1919 au 31 mai 1935, conseiller général de la Côte-d’Or de 1907 à 1945, puis premier haut-commissaire au Tourisme de France, nommé le 2 mars 1930. C’est à ce titre qu’il donnait de nombreuses conférences à l’étranger pour promouvoir la France, et qu’il avait fondé dès 1921 la Foire gastronomique de Dijon, passée de 80 000 visiteurs cette année-là à 600 000 en 1925. Le plat porte son nom parce qu’il fut l’hôte du dîner de 1930, pas parce qu’il l’a lui-même préparé ou vendu : aucun établissement commercial n’est à l’origine de la recette.

La recette, entre Dijon et le Jura

Des ingrédients qui associent deux régions

La recette classique associe un poulet doré en cocotte à une sauce montée avec de la moutarde de Dijon, du comté râpé, du paprika, de la crème et un vin blanc sec. Le comté, fromage AOP produit dans le Jura, n’est pas un produit bourguignon : dès l’origine, le plat mélange des ingrédients de deux régions plutôt que de rester fidèle à un terroir unique. Le vin utilisé varie selon les versions : blanc de Bourgogne (chassagne-montrachet, puligny-montrachet) dans les recettes dijonnaises, vin jaune du Jura dans certaines adaptations comtoises qui accentuent la parenté avec le comté.

Une moutarde sans appellation protégée

L’un des ingrédients centraux du plat, la moutarde de Dijon, ne bénéficie d’aucune protection géographique : un décret de 1937 en fait un terme générique, désignant un procédé de fabrication plutôt qu’une origine. N’importe quel producteur, en France ou ailleurs, peut légalement vendre une « moutarde de Dijon » s’il respecte la recette. Seule l’IGP « moutarde de Bourgogne », obtenue en 2009, garantit des graines cultivées en Bourgogne. Le poulet Gaston Gérard, lui, ne précise jamais laquelle des deux moutardes utiliser : la tradition orale a retenu le nom, pas le cahier des charges.

Une cuisson en deux temps

Les recettes publiées s’accordent sur la méthode : le poulet est d’abord doré à l’huile et au beurre, puis retiré. La sauce se prépare ensuite dans la même cocotte, avec le fond de cuisson, la moutarde, le vin et une partie du comté ; le poulet y revient avant un passage au four avec le reste de comté râpé dessus, pour gratiner.

Le poulet de Bresse, un choix récurrent mais pas obligatoire

Plusieurs versions publiées de la recette précisent un poulet de Bresse, volaille AOC élevée dans l’Ain. Rien dans l’anecdote de 1930 n’impose cette race : la légende parle d’un poulet, sans plus de détail. Cette mention relève d’un usage tardif, pas d’une règle d’origine.

Questions fréquentes

Qui a inventé le poulet Gaston Gérard ?
Reine-Geneviève Bourgogne, première épouse de Gaston Gérard, maire de Dijon. Selon la légende transmise par la famille, elle aurait renversé accidentellement du paprika dans une cocotte de poulet en août 1930, avant de rattraper le plat avec du vin blanc, de la crème et du comté râpé.
Le nom vient-il d'un restaurant ?
Non. Gaston Gérard était une personne réelle, maire de Dijon de 1919 à 1935 et premier haut-commissaire au Tourisme de France en 1930. Le plat porte son nom parce qu'il en fut l'hôte le soir de sa création, pas parce qu'il l'a commercialisé.
Pourquoi le comté et pas un fromage bourguignon ?
Le comté, AOP jurassienne, s'est imposé dans la recette dès l'origine aux côtés du vin blanc bourguignon et de la moutarde de Dijon : le plat associe délibérément des produits de plusieurs régions plutôt qu'un terroir unique.
Sources
  1. Wikipédia - Poulet Gaston Gérard
  2. Wikipédia - Gaston Gérard
  3. Wikipédia - Curnonsky
  4. Wikipédia - Moutarde de Dijon
  5. Comté AOP - Recette du poulet Gaston Gérard
  6. Jura Tourisme - Poulet Gaston Gérard
  7. Dijon Beaune Mag - Le poulet à la Gaston Gérard